mercredi 29 septembre 2010

Wall Street "money never sleeps"


"It's not about the money - It's about the game"

Oliver stone continue son portrait acerbe de l'Amérique et de ses institutions en nous présentant cette semaine "Wall Street, money never sleeps", en quelque sorte une reécriture actualisée du film "Wall Street" qu'il avait réalisé en 1985.
Avec la crise économique de 2008, il est vrai que l'initiative est pertinente. Michael Douglas est toujours de la partie, il reprend le personnage désormais culte de Gordon Gekko qu'il lui avait valu l'oscar du meilleur acteur il y a maintenant 25 ans. A ses côté, Shia Labeouf alias "l'étoile montante d'Hollywood" reprend presque le même personnage de jeune loup idéaliste qu'incarnait Charlie Sheen. Il est toujours question de spéculation, de fraude, de triche et de coups bas mais autant dire qu'avec la crise de 2008, le tout prend une autre dimension.

Le film de Stone est il un brulot anticapitaliste? Son analyse est elle objective et pertinente?
Je laisse aux spécialistes le soin d'en décider. Pour ma part je vais tacher de parler de ce que je connais, c'est à dire de cinéma, et en cela la sortie d'un film d'Oliver Stone est toujours un événement en soi.
Le film et ses enjeux sont parfois compliqués à comprendre quand on y connait pas grand chose à la finance ce qui est mon cas. De plus, on connait le sérieux de Stone dès qu'il s'agit de retranscrire avec précision les langages techniques du monde institutionnel ou autres (ce qui ont vu JFK ou Nixon savent de quoi de parle !). Le trait pourrait agacer mais il en est rien, le but est de décrire un univers fermé, difficile à décrypter mais dont il faut pourtant s'intéresser car après tout, ces traders semblent être rien de moins que les rois du monde.

Le film est long, ce qui est également une habitude chez Stone, en revanche il pâlit d'un certain manque de rythme. Heureusement le casting est irréprochable. Shia Labeouf est convaincant dans un rôle mature qui le sort enfin des films de genre. Dans cette jungle de mâles dominants il se démarque par cette sa figure enfantine et incarne ainsi parfaitement l'innocence, l'ambition et l'idéalisme de sa génération là où Charlie Sheen laissait un peu de marbre.
Michael Douglas est quand à lui savoureux ! Chacune de ses apparitions illumine le film, son jeu emballe le rythme de toutes ses séquences. Dans le premier opus, il incarnait la figure de grand frère, l'exemple à suivre. Avec l'âge c'est évidement en père mais surtout en imposteur que Stone le filme aujourd'hui.

"Wall Street" premier du nom était filmé avec une grande sobriété. Pas d'effets de montage complexe, pas de mixage nerveux de la bande son comme les aime Stone, ce qui en faisait un film à hauteur d'homme, un film intimiste qui se limitait à certains lieux (le plus souvent des bureaux) impersonnels et étouffants. En ressortait une atmosphère tendue accentué par des échanges de dialogues aiguisés. Une vrai partie d'échec.
Cette suite peut dès lors se lire comme une réécriture, une proposition alternative que Stone décide cette fois de dynamiser par sa mise en scène. Beaucoup plus de séquence en extérieur, de grands mouvements de camera qui viennent caresser, sublimer les building de Manhattan (le dernier plan du générique est superbe, la caméra monte en serpentant les building jusqu'à une fenêtre qui sera le point de raccord avec le plan suivant mais également avec le début de l'histoire), enfin beaucoup de jeux de montage et d'incrustations animées du domaine du ludique. Stone joue avec les chiffres, les courbes, bref tout les signes graphiques liés à l'univers de la finance afin d'en faire des images de cinéma. Le réalisateur fait souvent mouche, on retiendra ce plan remarquable où ce dernier associe visuellement le cours de la bourse avec la "Sky Line" de Manhattan.
Du changement donc, pour autant il ne manque pas de citer son premier film puisque la typographie du générique reste la même ainsi que le magnifique lever de soleil qui vient se refléter sur les immenses tours new-yorkaises. Bud Fox (Charlie Sheen), héros du premier film, revient également le temps de brèves retrouvailles avec cette vieille canaille de Gekko.
La mise en scène des dialogues est toujours aussi affutée avec effet de filage, mise au point brusque. On aime mais l'on regrette parfois de ne pas être plus emballer par le fond.

Le film ne convainc donc pas complètement le spectateur, et nous n'attachons au final que peu d'importance au devenir du couple de Jacob Moore ( Shia labeouf). Cependant il séduit,d'un charme froid, et certaines images viennent vraiment semer le trouble dans nos esprits.
L'une d'elle m'a marqué mais sans parvenir à lui donner un sens :
En se rendant au travail Moore passe devant une gigantesque vitre panoramique. Derrière on distingue clairement l'étendue vide de Ground Zéro, immense chantier en reconstruction. La scène est filmé en un seul plan, Moore passe devant, s'arrête un instant puis repart.
Le moment est fort, le sur cadrage de la vitre accentue l'effet. le plan crée presque un malaise bien qu'on ne sache pas quoi en conclure.
est ce juste une piqure de rappel ? ou bien faut t'il faire un rapprochement direct avec ce qui précède ou suit l'image ? Rien que pour cela, un deuxième visionnage est nécessaire.

jeudi 16 septembre 2010

Zombieland


Time to nut up or shut up!


Il fallait absolument que je vous parle de Zombieland. Je l'ai vu récemment malgré le fait qu'il soit sortie en novembre dernier et je dois dire que j'ai pris un plaisir monstre à regarder ce film.

Le récit reprend la trame classique du « Zombiefilm » : Une population entièrement contaminée, une poignée de survivants qui tentent de survivre dans une univers chaotique, infesté de Zombies hideux et belliqueux. Mais ne vous y tromper pas, Zombieland est avant tout une comédie débraillée et irrévérencieuse, en quelque sorte une version américaine du très bon Shaun of the dead (2004) emmené par le duo britannique « Edgar Wright - Simmon Pegg ».

Le duo de Zombieland est lui aussi plutôt hilarant. Prenez un adolescent des plus banals, comme on peut en trouver dans les comédies de Judd Apatow : Passif et lunaire mais courageux. Associé le à une machine à tuer : Un « Zombiekiller » à l'image de l'éternel Bruce Cambell dans la trilogie Evil Dead (1981 – 1987 – 1992). Vous avez ici le cocktail parfait entre film d'action musclé et comédie hilarante !

Le film combine d'ailleurs les deux genres à merveille, donnant au récit un rythme trépidant, où les scènes d'actions jubilatoires succèdent aux "Punch Line" dévastatrices (VO Obligatoire!). Le duo deviendra vite Quatuor puisque deux furieuses « Ladies » les accompagneront dans leur voyage impossible vers...on ne sait pas trop quoi !

Le film offre des séquences pour le moins cultes, certains plans sont à tomber par terre par leur originalité. L'influence est bien évidement du côté des jeux vidéos : La voix Off du héros mène le film en nous citant les règles qu'il faut respecter pour survivre. Au même instant les messages s'affichent non pas en 2D sous l'écran comme dans un film classique mais bien en perspective. Si mon explication vous semble abstraite penser à l'animation d'un « Head Shot » dans « Call of Duty » ou aux messages qui surgissent de l'écran dans « Unreal Tournament ».Cette aspect ludique se retrouve totalement dans Zombieland, les messages allant même jusqu'à rentrer en interaction avec les élément du décors. Pour ma part c'est une première dans un film et le résultat est détonant! Les scènes de « Shoot », dans le choix du cadre et dans le rythme se rapproche fortement des sensations d'un jeu vidéo de «Beat them all » ( la séquence finale dans le parc d'attraction est jubilatoire !).

Pour ce qui s'agit des séquences de comédie, on est dans un humour très proche du style Judd Apatow, le roi actuel de la comédie américaine. Apatow à instauré depuis maintenant 5 ans, un comique de la vanne, de l'argumentation, de la réplique hyper référencée. Pour savoir de quoi de je parle je vous invite à voir immédiatement ses trois réalisations : 40 years old virgin (2005), Knocked up (2007) et Funny People (2009). Mais également ses productions ainsi que les comédies dont il est le scénariste (et tout ça en VO!). Il s'agit ici de dialogues fluides et étoffés qui ont pour but de nous rapprocher des personnages, de leurs donner une crédibilité, une vie. Pur ceux qui le connaisse, voir le vénère, sachez qu'un acteur mythique fait une apparition pour une des scènes les plus drôles du film. Je dirais seulement que ses initiales sont : B.M.

Zombieland est un film complètement décalé et assez gore ! Mais comme pour Piranha 3D, armez vous d'un bon second degré pour l'apprécier à sa juste valeur. Enjoy !


lundi 6 septembre 2010

Piranha 3D



Alexandre Aja : "J'avais envie d'un film pop-corn, comme j'aimerai en voir un si j'avais 15 ans."


Les piranhas sont de retour, et ils ne sont pas contents!
Sortie mercredi 1 septembre sur les écrans français, le dernier film d'Alexandre Aja est un joyeux bain de sang. Mais avant de parler jambes coupés et tripes à l'air, petit récapitulatif historique.
Piranha est un film de 1978 réalisé par le trop oublié Joe Dante ( Gremlins 1 et 2 1984, 1990), véritable trublion de l'écurie Spielberg et qui se fera vite évincer par ce dernier. Il est vrai que Dante vient d'une autre école, celle de la série B, d'ailleurs son Piranha de 1978 produit par le roi du Nanar, Roger Corman, en est un bon exemple. Sortie deux ans après les Dents de la Mer, Piranha en est une parodie au second degré mais n'en reste pas moins un film inventif et malin. Corman avait une recette simple: De l'action, du sang et des nichons !
Aja, en fan absolu du cinéma d'horreur, reprend à la lettre l'esprit Corman et le fait même passer au niveau supérieur. Il faut voir comment notre Frenchie national s'était accommodé du cultissime « La colline à des yeux, 1977 de Wes Craven. Son remake de 2006 avait mis toute la presse d'accord sur un point: Ce type a du talent!
Avec Piranha 3D, il n'y a plus à hésiter, Aja est en passe de devenir un maitre du cinéma gore. Dans un autre registre que La colline à des yeux ou Mirrors (2008), Piranha est un défouloir à prendre au 2ème voir au 3ème degré. Comme l'original, le film d'Aja est un hommage total au Dents de la mer dont il reprend la trame narrative avec précision, mais pas seulement. Certains choix esthétiques sont immédiatement reconnaissables comme la fontaine de sang qui sort de l'eau et le travelling compensé que je mentionne dans mon analyse du film de Spielberg. L'hommage va jusqu'au mimétisme, il n'y a qu'a voir la fin du film et la manière dont le héros se débarrasse de ces vils bestioles. enfin la participation de Richard Dreyfuss au casting fera sourire tout les fans absolus de Jaws !

Cependant Aja n'est pas un copieur maniériste et sa patte est plus que reconnaissable. N' oublions pas que nous sommes dans une série B, le metteur en scène opte donc pour une mise en scène totalement outrancière et décomplexée qui progresse sans aucune faute de rythme vers un feu d'artifice, une apothéose gore qui n'est supportable que parce qu'elle drôle. L'humour noir est le maître mot du film et croyez moi, vos rires ne seront qu'un échappatoire pour exprimer votre dégout. Je vous laisse le soin d'aller voir le film pour vous rendre compte à quel point les scénaristes ont été inventifs dès qu'il s'agit de mise à mort !

De là à faire d'Aja un bourrin il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas, car sa mise en scène est toujours surprenante et mortellement efficace en opposition à un scénario qui, bien entendu, ne surprendra personne. L'intérêt n'est pas là. L'heure est la satire d'une Amérique tape à l'œil. Ici les victimes sont les participants du Spring Break, sorte de défouloir pour étudiants coincés. Au programme, Sexe, alcool, et Musique à fond, le tout sous un beau ciel bleu et une lumière chaleureuse.
Pour Alexandre Aja, Le Spring Break est « une métaphore saisissante de l'Amérique dans ses excès et ses contradictions ».

Pas question pour lui de jouer le moraliste, encore une fois le réalisateur s'exprime clairement :
« J'ai déjà participé à un Spring Break: Ce qui devait être un moment de liberté, de plaisir, n'est en réalité qu'image, représentation, conformation à des codes débiles ».

déjà dans La Colline à des yeux, la famille Carter représentait une certaine idée de l'Amérique Post Reagan et ce n'est pas pour rien si le héros du film est un jeune démocrate pacifiste qui se transforme en machine à tuer pour sauver ce qui lui reste. Les méchants n'étaient rien autre que des humains désespérés et condamner à survivre. On sent dans Piranha cette même compassion du réalisateur pour ses petites bêtes qui ne font rien d'autres que nous rappeler que notre place n'est pas dans l'eau! Incarnation de la nature vengeresse face à la race humaine qui inonde le lac de cadavres de bouteilles, Le nouvel observateur parle même de films gore écolo.

Tout ces beaux bustes bronzés et ces corps parfaits seront mutilés, déchiquetés et recrachés sans pitié ! Un petit mot sur la 3D pour dire qu'elle n'est ici qu'accessoire puisque ce sont avant tout des effets gadgets de surgissement qui sont utilisés ( Ils n'en sont pas moins drôles). Exception pour la scène des sirènes...La 3D offre ici une perception étrange et presque poétique pour une scène qui est à coup sûr déjà culte. Pour tout les fans de Retour vers le futur, Christopher LLoyd alias "Doc" fait partie du Casting du film pour notre plus grand plaisir.

lundi 30 août 2010

Jaws



"We gonna need a bigger boat"


Jaws! Voila un film qui a traumatisé des générations de spectateurs, moi le premier!
Sortie en Juin 1975 sur les écrans américains, il est considéré comme le premier Blockbuster de l'histoire du cinéma. Les blokbusters sont ces films qui sortent pendant les périodes estivales et qui sont généralement d'imposante productions sensées faire exploser le Box Office.
Plus précisément, ce qui à permis à Jaws de battre tout les records de bénéfices, c'est son mode de distribution. C'est en effet le premier film distribué de manière intensive, c'est à dire dans un très grande nombre de salles sur le territoire américain en un laps de temps très court. Avant cela, un film pouvait rester un an à l'affiche. Il était diffusé dans un nombre de salles défini, puis selon son succès, on augmentait les copies. Pour le meilleur et pour le pire, le succès du film a conduit Hollywood à modifier radicalement la promotion et la distribution des ses films, si bien que aujourd'hui, la recette marche parfaitement : Promotion infernale avec affiches et trailers dans les rues, à la télévision et sur internet; sortie évènementielle à l'internationale et le film rentre dans ses frais dès les deux premières semaines avant de dégringoler à cause d'un bouche à oreille négatif. C'est ce qui arrive fréquemment aujourd'hui car tout les films ne sont pas "Jaws".

Le film de Spielberg, en plus d'avoir donner le sourire aux banquiers, à fait vibrer les amateurs de cinéma. Jaws est un mythe: 5 mois de tournage, des conditions en mer catastrophiques, un réalisateur jeune et inexpérimenté (Spielberg n'a que 28 ans), des acteurs poussés à bout et des producteurs appeurés. tout était réuni pour que le film soit un échec, ce fut un miracle.

Dans cet article nous analyserons en détail un extrait du film à défaut d'en faire une critique générale mais d'abord, laissez moi vous résumer brièvement l'histoire :
Le chef policier Brody à quitté New York avec sa famille pour une bourgade plus tranquille, l'île D'Amity. Chaque été, l'enjeu est de taille car la ville doit se parer de ses plus beaux atouts pour accueillir les vacanciers, et engranger des bénéfices satisfaisants. Seulement voila, un matin, sur la plage d'Amity, les restes d'un cadavre jonchent le sable fin. Sur le rapport de police Brody inscrit dans la case "cause du décès" : Attaquée par un requin.

L'extrait que je souhaite analyser est la deuxième attaque du requin, celle que j'appellerai ici : Alex et le matelas jaune.
C'est scène est une pure démonstration du cinéma de Spielberg qui s'inspire ici du "Master" Hitchcock, vous allez comprendre.
Résumons et spatialisons la scène : Nous sommes sur la plage principale D'Amity en début d'après midi. La mer s'étend d'un côté, la plage de l'autre avec les premiers vacanciers de la saison. Alex insiste auprès de sa mère pour prendre un radeau gonflable et aller jouer dans l'eau. Plus loin, Brody, tendu, scrute la plage. Il sait que le requin à déjà attaqué. A côté de lui sa femme et quelques amis discutent dans l'arrière plan. Évidement, l'accident survient, le petit Alex se fait attaquer et Brody ne peut que contempler le désastre.

Cette scène est intelligemment construite dans sa spatialité : D'un côté la terre, de l'autre la mer. D'un côté la sécurité, de l'autre, la perte de contrôle, l'inconnu donc le danger. C'est en quelque sorte la thématique du film: La bataille entre l'Homme et la Nature. Spielberg met en évidence cette idée par cette alternance de champs contre champs à 180 degrés : La Mer; Cut: Brody; Cut: La mer etc.

Là où la séquence se rapproche du style hitchcockien, c'est dans le choix du jeu de point de vue. L'essence même de cette scène c'est l'impuissance de Brody. Il sait qu'il y a déjà eu une attaque et que si cela se reproduit, il ne pourra rien faire, il sera impuissant. d'un autre côté il désire presque cette attaque pour pouvoir dire au maire de la ville qu'il avait raison et qu'il faut fermer la plage. Autre facteur, on apprend que Brody à peur de l'eau. Il est donc prisonnier de la plage et simple spectateur de l'action. Spielberg construit alors sa séquence en utilisant divers aléas qui vont empêcher Brody de se concentrer sur ce qui se passe dans l'eau: Vous remarquerez en regardant la séquence que les alternances de champs sont motivés à chaque fois par le passage de vacanciers qui viennent obstruer la vue de Brody, et la notre par la même occasion. Spielberg ne les filment pas comme des vacanciers mais juste comme des formes floues, au premier plan, qui viennent véritablement nous cacher la vue.

La deuxième gène, c'est cet homme aux larges épaules qui vient parler à Brody d'un problème futile. La carrure de l'homme cache la vue de Brody qui tente de regarder par dessus son épaule pour ne pas perdre la mer de vue. Spielberg nous place encore une fois dans le point de vue du héros. L'homme au premier plan est net, ainsi que la mer derrière lui ou un jeune couple chahute. Normalement, la mise au point doit se faire sur le premier ou le second plan pour montrer aux spectateurs ce qu'il faut regarder. Mais Spielberg utilise ici une double lentille pour faire le point partout. On comprend alors Brody essaye de diriger son attention sur ce qui se passe dans l'eau mais doit également feindre de s'intéresser aux problèmes du personnage au premier plan.
De la même manière que Hitchcock, Spielberg utilise des procédés techniques pour que le spectateur, en plus d'épouser le point de vue du héros, ressente les mêmes sensations que lui.

Le petit vieux avec son bonnet noir et le jeune couple qui chahute étaient bien évidement de fausses alertes pour faire monter un peu plus la tension. Mais il ne peut pas y avoir d'attaque du requin sans la musique de John Williams! Le thème du requin associé au plan subjectif sous l'eau est le véritable signal d'une attaque imminente.
On remarque également que dans cette séquence, les sons de bruits d'eaux sont mixés très fort de manière à couvrir toute l'ambiance sonore de la séquence. La tension monte d'un cran quand Spielberg allie à ces sons un montage très saccadé montrant les enfants jouer dans l'eau. Le requin se rapproche dangereusement de sa proie à mesure que la musique s'emporte, et c'est l'attaque...
Spielberg la film en Cinq plans courts mais redoutablement efficace :

Plan 1 : la mer, une forme emporte le gamin sous l'eau; Cut: did you see that?; Cut: Une fontaine de sang; Cut: le gamin hurle sous l'eau; Cut: Réaction de Brody.

Après avoir atteint un pic sonore puissant, la musique de Williams s'efface quelques secondes, créant un malaise total, avant de reprendre par un son de violon étourdissant alors que Brody est plaqué contre sa chaise. Ultime référence à Hitchcock. Pour le plan de réaction sur Brody, Spielberg opère d'un travelling compensé (un zoom arrière avec un travelling avant ou un zoom avant avec un travelling arrière). Cette technique a pour effet de créer visuellement une sensation de vertige, c'est pourquoi Hitchcock l'avait expérimenté pour Vertigo. Hommage évident donc, mais l'effet est ici tout aussi efficace. En un seul plan, Spielberg fait passer toute l'impuissance de Brody face au spectacle abominable qui s'est déroulé devant ses yeux. Comme James Stewart dans Vertigo, Brody est un héros traumatisé, si bien que, quand la foule se précipite dans l'eau pleine de sang pour aller chercher les enfants apeurés, Brody s'arrête juste au bord de l'eau et se garde bien de mouiller ses pieds. Il est véritablement bloqué sur la plage.

Tout les enfants sont saufs, à l'exception du petit Alex. Mais ici pas de cadavre déchiqueté, juste un petit matelas jaune dégonflé et violemment dévoré qui danse dans le remous des vagues rouges.

Spielberg signait ici un acte osé, faire mourir un enfant de manière aussi cruelle dans un film hollywoodien a été très mal vu à l'époque. Il ne recommencera plus jamais. 35 ans après, Jaws est toujours là quand vous allez vous baigner. N'est ce pas la marque des grand films?



vendredi 30 juillet 2010

Sons of Anarchy


"Riding trought this world, all alone"

La série télévisée peut elle être considérée comme du cinéma? la réponse est non. Pour autant il ne faut surtout pas faire de jugement de valeur car la série télévisée et le cinéma sont en échange constant d'idées, ils n'utilisent juste pas le même format narratif pour raconter leurs histoires et leurs modes de diffusion est totalement différent. il suffit de constater qu'une série télévisée se déploie sur des dizaines heures pour raconter son histoire là ou le cinéma doit se contenter de deux ou trois heures au maximum. On est donc dans une tout autre optique, mais même si tout les séparent, tout les rejoint également, ce qui en fait un sujet passionnant.
Je ne suis pas un dévoreur de série mais je dois avouer que le talent des scénaristes est parfois trop puissant et je succombe à programme bien ficelée comme peut l'être Dexter et aujourd'hui Sons of Anarchy: La série qui fait couler le sang et fait parler la poudre.
Les Sons of Anarchy, aussi appelés SamCro sont les membres d'un club de motard dans une petite ville de Californie appelée Charming. Officiellement ce sont de simples garagistes et bricoleurs de Harley, mais en réalité ils pratiquent le trafic d'armes, mettent la police dans leurs poches et n'hésitent pas à régler leurs comptes aux Gang ennemis à coup de fusil à pompe et de dynamites. Clay Morrow est le président du club, c'est un leader né, une figure charismatique. Jax Teller est son beau fils et le vice président du club, il est fidèle à Clay mais cherche autre voie pour faire du club ce à quoi il était destiné avant de tomber dans les guerres de gang et le trafic d'armes. Mission difficile car il est entouré de garçons plutôt remuants!

Crée par Kurt Sutter, l'un des scénariste de la très controversée The Shield, Sons of Anarchy se place dans le même esprit que sa grande soeur. C'est une série à première vue violente, amorale et insolente mais qui est, au final, une intelligente réflexion sur les États Unis et sur "The american spirit".
En effet, tout les sujets délicats y sont traités : la question des armes à feu, du porno, de la religion, de la drogue, de la vengeance et la rédemption.

Le talent de Sutter est de nous immerger totalement dans le fonctionnement du club et de ses rituels. Les Sons fonctionnent comme une confrérie où les règles sont bien établies. Le spectateur est plongé dans un univers inconnu et la découverte est jouissive, d'autant plus que l'écriture feuilletonesque permet de dépeindre des personnages insolites, crédibles et attachants. Sutter à écrit sa série comme une tragédie, en s'inspirant du Hamlet de Shakespeare pour la trame de fond. Choix judicieux puisque qu'il élève alors son récit à un tout autre niveau ou les mots "Drame" et "fatalité" prennent tout leurs sens.

Mais Sons of Anarchy c'est aussi un monde de femmes, et de femmes fortes. Pas question de faire le repassage et de mettre une lessive en route, les femmes dans Sons of Anarchy doivent soutenir leur maris dans l'effort de guerre et régler tout les problèmes internes. Gemma la femme de Clay et la mère de Jax joué par Katie Seagal est l'un des personnages majeurs de la série. A la fois femme, mère et grand mère, elle est la personne qui maintient le club dans le droit chemin. D'abord antipathique, on finit bien sûr par s'y attacher. De même Tara, l'ex petit amie de Jax est médecin, exemple type de la femme émancipée et indépendante.

Les hommes eux devront affronter la horde d'ennemis qui veut s'emparer de Charming ou pire encore les forces de l'ordre qui veulent les voir pourrir en prison. On a donc le gang des mayans (mexicains), des niners (afro américains), des Nords (néo nazis), les chinois, la police locale, la police fédérale, les séparatistes...

On découvrira que sous leur apparence de white américan", les Sons ont une personnalité plus complexe qu'il n'y parait. La grande force de la série réside dans cette distance qui s'installe par instant entre le spectateur et les héros, car nous n'adhérons jamais complètement aux idées du club et à cette violence omniprésente, en revanche, on attend de Jax qu'il prenne les devants et remettent les Sons dans le droit chemin.
tout est là pour faire de Sons of Anarchy une série qui se démarque de la masse ambiante. Aucune baisse de rythme, des fins de saisons qui vous mettent à cran, une mise en scène souvent classique comme le veut le format Série mais parfois surprenante avec des séquences nerveuses caméra à l'épaule qui faisait la force de The Shield. Parce qu'il y en marre des niaiseries hospitalières!

La série compte aujourd'hui deux saisons de 13 épisodes (40 minutes), la troisième arrivera en septembre.

jeudi 29 juillet 2010

Robin Hood


"Rise and rise again until lambs become lions"

Cela fait déjà quelque mois que Robin des bois est sorti au cinéma mais impossible de passer à côté d'un film de Ridley Scott, réalisateur que je considère comme un véritable maître, un Monsieur du cinéma que l'on oublie souvent de citer. La transition avec Inception est facile puisque que j'ai appris récemment que Christopher Nolan le considère comme un de ses metteurs en scène préféré.
Enfin nos deux amis sont britanniques, ce qui nous rappelle aussi que Hollywood à toujours accueillis les réalisateurs européens(dès les années 1920), et que cette échange culturel se poursuit aujourd'hui.
Ridley Scott c'est avant tout une filmographie qui impose le respect. On citera seulement Blade Runner, Alien le 8ème passager, Gladiator, ou encore La chute du faucon noir mais la liste est longue.
Son cinéma se base avant tout sur le soucis d'authenticité, on peut presque parler de cinéma anthropologique. Je ne dis pas par là que ces films se veulent réalistes, non, ils sont de purs produits Hollywoodien de par leurs formes narratives, mais Scott s'attache à rendre l'univers de son film à chaque fois crédible, vivant, chargé d'Histoire.
Ainsi, on retient dans Alien la vraisemblance des décors du Nostromo, dans Les duellistes, la qualité de l'éclairage et de la photographie, dans Blade Runner, la crédibilité du décors urbain futuriste reconstruit à taille réel, ce qui à l'époque fut une prouesse technique.
Scott travaille aussi énormément la matière et les particules volantes (Poussières, neige, sables...) afin de donner vie a ses mondes. En cela la séquence d'introduction de Gladiator en est l'exemple absolu. Ce combat contre les germains à l'orée d'un bois, sous la neige virevoltante, résume presque à lui tout seul le cinéma de Ridley Scott.
Tout cela se retrouve dans Robin des Bois qui se regarde comme un prélude à l'histoire connue de tous, et qui d'une certaine manière vient compléter sa trilogie historique après Gladiator et Kingdom of heaven. Les trois films ont en effet beaucoup de points communs, ils racontent le destin de trois hommes plongés au cœur de périodes sanglantes et qui vont se révéler être des meneurs d'hommes, des figures de leader contre l'oppresseur. Ils sont souvent condamner de force à quitter ce qu'ils ont de cher pour devenir quelqu'un d'autre et se façonner un destin.
Russel Crow, l'acteur fétiche de Scott reprend du service et incarne un Robin des bois guerrier avec l'introspection qu'on lui connait. Cate Blanchett est encore une fois superbe en Marianne, et plus encore, le duo d'acteurs fonctionne, l'alchimie entre eux se fait et la romance trouve sa place dans un film qui se veut rude.
Car oui! C'est un film de guerre plus que d'aventure, et comme souvent avec Scott, toutes les stratégies de combats, les conspirations, et les faits d'armes sont racontés dans le détail et avec le souffle épique qui planait déjà dans Gladiator et Kingdom of Heaven.
On est alors loin du Robin des Bois Prince des voleurs de 1994 de Kevin Reynolds qui était un pur divertissement sans complexe et bien emmené par Kevin Costner, mais qui a pris, il faut bien l'avouer, un sérieux coup de vieux (il reste cependant dans mon cœur!).
Dans ce nouvel opus, les décors et les costumes respirent l'authenticité souhaité par Scott, la photographie est grisâtre et froide, parfaite pour retransmettre l'atmosphère des bois à l'époque médiévale que Scott traite déjà de la même manière dans les 20 premières minutes de Kingdom of Heaven, mais cette fois avec une dominante de couleurs verte et non bleue.
On peut en revanche regretter que le montage des scènes d'actions soit un peu trop saccadé par instant et brouille la continuité des mouvements, ce qui n'était pas le cas dans Gladiator. Mais le souffle épique est toujours là et le combat final qui voit une horde de cavaliers anglais, mené par Robin, charger l'envahisseur français sur une plage aux falaises abruptes(Sorte de D-Day médiéval) est une vraie réussite.
Robin des bois est il un film majeur de la carrière de Scott? Peut être pas, en tout cas le contrat est rempli avec toujours autant de sérieux, Robin des bois est un divertissement de luxe, riche et plaisant.

mercredi 28 juillet 2010

Inception


"What's the most resilient parasite? An Idea."

Je n'ai pas eu besoin de me torturer l'esprit pour choisir quel film allait ouvrir ce blog. Comme beaucoup, j'avais pris une claque en allant contempler "The Dark Knight" dans les salles, j'attendais donc Inception de pied ferme, avec ou sans le buzz de ces derniers jours autour du film.

Difficile de parler du contenu de film sans en dévoiler l'intrigue. je vous dirai juste qu'il existe une machine capable de nous faire pénétrer dans les rêves, c'est à dire explorer le subconscient de chacun. Cobb (Di Caprio) travaille pour une multinationale et a pour mission de s'introduire dans les rêve de personnes influentes pour y voler des idées, des secrets. Sa mission se complique quand il se voit payer non pas pour voler une idée, mais en insérer une dans l'esprit d'un homme.

Nolan de même que J.J.Abrams est l'un des jeunes réalisateurs à surveiller de très près à Hollywood, pour la simple et bonne raison qu'ils innovent et qu'ils travaillent la forme Hollywoodienne de manière lui faire prendre des directions neuves.
en cela Inception est un pari osé et plutôt réussi. Le défi du film n'était pas technique, le budget n'était pas sur dimensionné et vu le retour des critiques, le film devrait rentrer dans ses frais. Il est clair que le tour de force réside, comme souvent chez Nolan dans la conception d'une machine scénaristique sans faille, une machine complexe et pourtant limpide qui déboussole le spectateur mais ne le perd jamais. Ce fut la force de "Memento" et du "Prestige", ainsi que du "Dark Knight" dans lequel Nolan à su hausser la dramaturgie de la franchise Batman et donné un élan tragique à un héros qui le méritait.

Inception est en cela une pure combinaison de sa courte mais admirable filmographie.
Un scénario retors et labyrinthique associé à une esthétique très froide déjà vu dans Batman et qui semble devenir avec le temps la patte du metteur en scène. Une utilisation très géométrique des décors dans le cadre , des matières froides, métalliques et des costumes sobres (complets noirs). Nolan maitrise une certaine mise en scène du monde urbain. Ce qui n'est pas sans rappeler le style De Michael Mann par instant. Le jeu d'acteur est sobre, méticuleux, et le casting est, comme toujours chez Nolan, Parfait.
Les dialectiques toujours prisées à Hollywood du passage entre réalité et virtuel, raison et folie s'entremêlent ici dans un jeu constant de remise en question de l'image montrée. Le tour de force devient admirable quand Nolan creuse les rêves les uns dans les autres et y insère sa narration.
L'univers du rêve est également le lieu de la liberté créative, pour autant Nolan ne s'est pas laissé tenter par la création d'univers originaux et c'est un choix judicieux quand on regarde ce que Peter Jackson et Terry Gilliam ont faits respectivement avec "Lovely Bones" et "Dr Parnassus", deux films pourtant intéressants mais qui pâtissent d'une direction artistique lourde et kitch quand il s'agit de traiter le surnaturel.
Dans Inception au contraire, les rêves ressemblent à la réalité, jusqu'à s'y confondre, rendant alors l'intrigue bien plus subtile. Pour autant les effets spéciaux ont toute leur place, Nolan nous gratifie même d'une séquence anthologie dans laquelle Paris se plis littéralement en deux sous nos yeux ébahis!

Comme pour Shutter Island dont la filiation avec Inception est troublante, on ressort du film sans être bien sûr d'avoir compris la fin et on tente de remettre les pièces du puzzle dans l'ordre sur le chemin du retour.
Exemple type du cinéma que j'aime : Populaire, divertissant, intelligent.