David Norris: All I have are the choices I make, and I choose her, come what may. lundi 28 mars 2011
The Adjustment Bureau
David Norris: All I have are the choices I make, and I choose her, come what may. lundi 21 mars 2011
World Invasion : Battle Los Angeles
Sergeant Major Dever : "We are the last offensive force on the west coast. We cannot lose Los Angeles".vendredi 18 mars 2011
"Route Irish" Ken Loach: Corps à la dérive

La carrière prolifique du cinéaste débutée à la fin des années 60 est parsemée de chefs d'oeuvres connus et reconnus (de son premier et magnifique film Kes (1969) jusqu'au Vent se lève (2006) en passant par Sweet Sixteen (2002) ou Family Life (1971) et j'en passe pas mal d'autres). Autant dire qu'à la sortie d'un de ses films il y'a toujours beaucoup d'attente. Et c'est peu dire que par rapport au reste de sa filmographie Route Irish m'a laissé perplexe et m'a poussé à m'interroger sur l'évolution du cinéaste.
Ce qui m'a toujours plus dans l'approche de Loach ce sontt les surgissements poétiques au sein d'un univers vu comme froid, gris et profondément aliénant pour l'individu. Le générique de Family Life son second film disait à ce propos déjà tout: avec une succession

Tous les sujets de films comme entre autre Kes, Family Life, Sweet Sixteen ou le très beau Looking For Eric (2009) tiennent dans la tentative de l'individu en position de héros (on peut difficilement parler de « héros » au sens classique du terme chez Loach) de reprendre le contrôle, de s'échapper, de s'évader d'un quotidien morne et normé qu'une esthétique quasi-atonale, proche du documentaire, met très fortement en valeur (la symbolique étant dans le cas de Kes clairement explicite avec ce faucon apprivoisé par le jeune garçon rappelant le Antoine Doinel des 400 coups de Truffaut).
La tentative bien souvent échouait, difficile de lutter contre le système (tout le monde le sait) mais c'est alors que surgissait des moments de grâce. De fulgurantes envolées poétiques au sein de films voulus comme terriblement terre à terre. Instants fugaces de bonheur où venait flotter sous nos yeux ébahis la possibilité d'une échappée, d'un départ, dont l'impossibilité même faisait la terrible beauté.
« Un éclair...puis la nuit! Fugitive beauté Dont le regard m'a fait soudainement renaitre. ». Les quelques vers superbes de Baudelaire pourraient très bien décrire ce que m'ont fait ressentir des séquences comme celle du rodéo en voiture de Sweet Sixteen au dessus duquel planait l'air célèbre de la reine de la nuit de « La Flute Enchantée » de Mozart ou comme celle du taggage à vertu cathartique du jardin de parents castrateurs et hypocrites dans Family Life. Séquences qui (avec Kes) m'ont fait aimer Loach définitivement.
A la fin de Sweet Sixteen Liam, le jeune et turbulent héros du film, se retrouvait face à face avec l'océan. A quoi pense t'il en contemplant l'espace infini qui semble l'appeler

Dans Route Irish l'évasion a bien eu lieu. Fergus et Frankie ont quitté cet Angleterre si durement traitée par le cinéaste car au fond elle est profondément aimée. Ils ont pris la route, hélas c'était la mauvaise, celle au nom symbolique si chère à Loach (le hasard fait bien les choses) qui ne mène qu'à la mort (Frankie est mort carbonisé sur la route Irish). Pas d'échappatoire, le film du cinéaste ne comporte plus aucun de ces moments de grâce qui m'était si précieux. Tout y est sans espoir à l'image de son héros hanté par un passé définitivement impardonnable (voir la fin du film).
Loach s'épanouissait bien souvent à filmer l'enfance ou l'adolescence, ce moment où la lutte pour exister bat son plein où il est encore tant de faire des choix, d'espérer. Dans Route Irish tout est trop adulte, l'enfance ne réapparait qu'à travers un flash back crasseux en super huit du personnage au début du film. Celui-ci et Frankie, l'ami disparu, chahutait sur le pont d'un ferry et se prenait à évoquer les lieux où ils pourraient s'enfuir: l'Inde, l'Australie... tout y passe pourvu que ce soit de l'autre coté du monde.
Mais ce n'est qu'un souvenir et dans le présent il ne reste plus que Fergus qui est parti et qui revient, la queue entre les jambes, seul, le visage fatigué et une bouteille d'alcool à la main pour enterrer son pote de toujours. Le ferry joue ainsi un rôle symbolique important c'est là que nous découvrons pour la première fois Fergus, perdu entre deux rives. N'ayant ni envie de revenir ni envie de repartir (il n'a trouvé que la guerre) il est alors coincé, fantôme errant (son appartement au mur trop blanc et au pièce trop vide il le hante.), sans point d'attache fixe (forcément il est sur l'eau).
Loach livre son film le plus noir, le plus désespérant (et, découlant de cela, à nos yeux le moins attachant et le moins attrayant). Route Irish fait penser à Armadillo, l'haletant documentaire de janus Metz, sorti il y'a quelques mois, sur de jeunes soldats danois partis combattre en Afghanistan. A la fin du film, après l'enfer et de retour au bercail, un des soldats prenait une douche à valeur purificatrice, se laver du trop plein de souvenirs poisseux et repartir... life goes on? Du coté de Loach rien n'est moins sur. La distance avec le reste du monde est insurmontable pour Fergus. Il essaye pourtant! Et au détour d'une séquence brille un mince espoir, il regarde la femme aimée de loin, hésite et finalement rebrousse chemin. Il n'y plus aucune place pour lui sur terre, reste alors la mer.
Alors rétrospectivement on en revient toujours à cette image de fin de Sweet Sixteen où plane -encore- le fantôme des 400 coups, soit Liam sur la plage, face à l'horizon. Et on se prend à s'interroger après avoir vu Route Irish: finalement à quoi rêvait il?
Peut être moins à ce qui se trouve derrière l'océan (Route Irish nous apprend qu'il ne s'y trouve rien de bon) qu'à l'océan lui même. Cesser de flotter, simple jouet des puissances imbattables, et enfin disparaître.
Pierre Andrieux
dimanche 13 mars 2011
True Grit Joel et Ethan Coen: Du "Duke" au "Dude"

Attendu avec impatience le dernier film des frères Coen ne déçoit pas. Après avoir longtemps tourné autour du pot en convoquant la syntaxe du western dans un certain nombre de leurs films (voir Sang pour sang ainsi qu' O'brother ou le chef d'oeuvre No Country for Old Men) le tandem est enfin passé à l'action pour notre plus grand plaisir (les westerns sont hélas rares ces temps-ci) avec l'adaptation du roman de Charles Portis, « True Grit », publié en 1968. La trame se base sur un thème classique du genre, la vengeance, et raconte la poursuite par une gamine (Mattie) du meurtrier de son père. Elle est assistée par un Marshall borgne(Jeff Bridges) et par un jeune et clinquant Texas Ranger (Matt Damon).
Ce qui est intéressant c'est bien sur d'aller voir tout d'abord du coté de la précédente adaptation du roman de Portis; soit Cent Dollars Pour un Shérif, réalisé par un grand cinéaste classique: Henry Hathaway. Le film d'Hathaway sortait à un moment de bascule dans l'histoire du cinéma Hollywoodien. Soit la fin de l'ére des studios et du classicisme, déjà mis à mal depuis les années 50 (voir les films de Kazan, Siegel, Aldrich, Peckinpah) et l'entrée dans la période qu'on appellera par la suite le Nouvel Hollywood (sorti d'Easy Rider de Hopper en 1969 et de Bonnie &Clyde d'Arthur Penn deux ans auparavant, deux films pris généralement comme références) qui durera jusqu'à l'aube des 70s et qui vit l'apparition sur le devant de la scène de nouvelles têtes, jeunes, ambitieuses et surtout talentueuses (les Scorsèse, Spielberg, Lucas, Depalma, Cimino, Altman, Pakula etc...).
Bref autant dire qu'avec Cent dollars pour un Shérif nous avions le chant du cygne du western classique. Un chant du cygne tout entier incarné à l'écran par un John Wayne à l'aube de sa carrière (62 ans au moment du rôle) et qui jouait le rôle de l'alcoolique et facilement porté sur la gâchette, mais néanmoins sympathique, Marshall Rooster Cogburn -le « Duke » remporta d'ailleurs pour son rôle le seul oscar de sa carrière.
Alors en comparant le film des Coen et celui d'Hathaway il est facile de percevoir toute l'évolution qu'a subie le western en quatre décennies. Soit une démythification quasi-totale du genre. Certes Hathaway mettait déjà en scène la fin d'une légende (John Wayne) et, à travers elle, c'était au Héros classique mythique que nous disions adieu une dernière fois. Mais son film restait tout entier baigné par l'atmosphère visuelle classique, il n'y a qu'à comparer les deux ouvertures des films pour s'en convaincre.
Dans celui d'Hathaway nous avons un plan général de jour du foyer des Ross sur lequel défile le générique puis, par trois raccords dans
l'axe, nous nous rapprochons progressivement du ranch et pénétrons par là même tranquillement dans le récit, au moment où le père de Mattie s'apprête à partir, accompagné de celui qui l'assassinera, Tom Chaney.Le premier plan soumet au regard un univers calme, serein et ordonné. Des valeurs parfaitement classiques (postulat à l'éternité et à l'intemporalité de la vision) sont toutes entières contenues dans ce cadre mettant en avant la beauté de la composition picturale et fournissant une image d'Epinal de l'Amérique rurale, récurrente dans le classicisme(voir par exemple l'ouverture d'A travers l'orage 1920 de Griffith). Tout le classicisme repose sur la dialectique entre l'ordre et le chaos. Où comment ce dernier fait irruption au sein d'un univers normé, venant ainsi le mettre en crise, et appelant un retour à l'ordre que fournit généralement le Happy end (ironique ou non peu importe).
Maintenant prenons l'ouverture -magnifique- du film des frères Coen et voyons comment les motifs sont pervertis. Ce plan d'ouverture est un plan fixe du foyer des Ross, nous sommes de nuit, il neige et un cadavre (le père de Mattie) git par terre dans une marre de sang. Nous arrivons juste après l'assassinat. Les deux cinéastes ont repris le motif de la beauté de la composition picturale (le plan est en effet esthétiquement superbe, et il faut saluer triplement la photographie de Roger Deakins qui travaille avec les Coen Bros depuis Barton Fink) mais pour mettre en scène l'absurdité d'une mort anonyme. Absurdité car à ce degré du récit (c'est à dire degré zéro) le spectateur n'est pas censé savoir qui est ce personnage gisant au sol. Nous ne connaissons rien de lui (et ne connaitrons jamais rien), l'ouverture du film montre déjà une fin, celle ultime et unique de la mort.
Dans le western moderne le froid s'est abattu. Alors que, chez Hathaway, symboliquement c'est à la fin que la neige survient, au moment des adieux de Wayne/Cogburn et de Mattie...Et, une dernière fois, pour nous, pour lui, Wayne emballe son cheval et saute par dessus
une barrière pour s'éloigner dans le lointain, le mythe est éternel -tel cet image fixe finale du Duke saluant presque le spectateur et sur laquelle vient s'inscrire le "The End".Dans le film des frères Coen la neige est très présente et cela dés ce plan d'ouverture sur cet univers crépusculaire magnifiquement inquiétant. Une image d'Epinal s'est faite remplacée par une autre: celle d'un homme gisant dans la boue dans une atmosphère suintant la mort et l'inéluctabilité absurde du destin (plus de schème de causalité, on crève c'est tout) qui pèsera alors sur le reste des personnages. Il n'y a plus vraiment de cause, plus vraiment de raison.
Dans True Grit, on erre beaucoup, on se sépare, on fait aussi des rencontres, toujours fugitives (et caucasses parfois comme avec ce médecin portant une peau d'ours) car il n'y a au final qu'UNE rencontre, celle là nullement fugitive, qui revient périodiquement assaillir les personnages et le spectateur et qui veut tout dire: celle de la Mort (le plan d'ouverture, les trois hommes exécutés au début du film, l'individu pendu en haut d'une branche par la suite, le mort au fond de la crevasse dans laquelle tombe Mattie et dont le ventre s'est transformé en nid de rattle snakes...).
Seule Mattie semble garante d'une certaine morale: elle veut ramener Chaney pour qu'il soit pendu. Mais dans le western tout le monde sait bien qu'il n'y a qu'une seule loi, celle du colt et Mattie, comme les autres ne se souciera guère des valeurs morales et de la Loi, pour abattre Chaney. Si la justice des hommes est inutile, reste alors la Loi divine. Mattie l'énonce dés le début du film: « Tout le monde doit payer pour ce qu'il fait », ainsi Cogburn est borgne, Laboeuf se mord la langue... Pas de traitement de faveur, et Mattie parce qu'elle a tuée doit, comme les autres, être punie (elle le sera directement après son acte en tombant dans la fosse au serpent).
True Grit est dans la lignée des westerns d'Eastwood ainsi que de ceux de Walter Hill et de la superbe série Deadwood (dont Hill réalise le pilote). Jeff Bridges (qui n'a rien à envié à John Wayne) est crasseux, puant, un looser fini (il vit dans l'arrière boutique d'un chinois au milieu, symboliquement, de cadavres de canards). Et la première fois que Mattie lui parle c'est alors qu'il est « sur le trône » (possible référence à Impitoyable où le Héros tuait avec difficulté un homme alors qu'il était au toilette?). Enfin autant dire que le mythe classique en prend un sacré coup d'autant plus que Bridges/Cogburn tout comme La Boeuf (Matt Damon) ne sont pas vraiment des as de la gâchette (voir la séquence très drôle où il font un concours de tir).
Mais le mythe fait quand même retour dans l'affrontement final entre Cogburn et les comparses de Chaney. L'individu peut s'élever au rang du héros mythique et reconquérir son statut légendaire, cela le temps de sauver la jeune Mattie dans une séquence formellement superbe avec un travail sur les fondus enchainés saisissant.
Puis reste la fin très belle et très fordienne du film (les références à Ford et particulièrement à La Prisonière du désert sont d'ailleurs nombreuses) où Mattie adulte se rend sur la tombe de Cogburn qu'elle n'a jamais revu. On voit là aussi toute la différence avec le film d'Hathaway qui se terminait aussi près d'une tombe, mais c'était celle du père de la jeune fille qui trouvait alors en Cogburn une seconde figure paternelle.
Le Cogburn des Coen n'aura jamais eu (ou si peu) ce rôle là. Il est mort dans l'anonymat, une mort absente de l'écran, qui a lieu en hors cadre. Cogburn est dorénavant un simple nom sur une tombe là où Wayne, on l'a dit, s'éloignait caracolant sur son cheval dans une vision mythique et éternelle. Il n'y a définitivement pas de figures mythiques chez les frères Coen, seulement des hommes dans toute leur faiblesse et leur petitesse notoire autant que dans leur grandeur fugitive, s'en est d'autant plus beau...
Pierre Andrieux
mardi 8 mars 2011
Paul

Paul: Agent Mulder was my idea!
Les fans de comédies américaines autant que les passionnés de science fiction, ou devrais-je plutôt dire « geeks », attendaient avec impatience la sortie de Paul, ou comment deux britanniques fous d'O.V.N.I. se retrouvent propulsés dans une aventure invraisemblable mêlant les services secrets américains,et le plus cool des extra-terrestres!
Étant personnellement friand des deux genres, je dois dire que j'ai été gâté. Le film est réalisé par le très peu connu mais non moins prometteur Greg Mottola, réalisateur du déjà culte Superbad (2007) avec la bande Apatow et du petit bijou indépendant Adventureland (2009) dont vous trouverez la critique sur ce blog. Loin d'être un simple exécutant, Mottola maitrise avec brio l'art du genre et de ses hybridations. Même si Superbad arborait les parures reconnaissables des comédies Apatow et de la touche Seth Rogen, le film bifurquait sans arrêt vers la gravité et la mélancolie pour mieux rebondir. Adventureland, jusqu'à maintenant le film plus personnelle du cinéaste, opérait quand à lui d'une véritable poétique du teenage movie, une réelle réécriture du genre, plus sérieuse, composée de superbes moment de stase.
Avec Paul, Mottola s'est trouvé deux alliés de choix en la personne de Nick Frost et Simon Pegg. Les deux acteurs/scénaristes britanniques et leur réalisateur Edgar Wright ont fait leurs preuves en matière d'hybridation et de détournement de genre. Il n'y qu'à voir Shaun of the dead (réécriture comique du film de Zombie) et Hot Fuzz (réécriture comique du film d'action) pour s'en persuader. Collez donc ces deux énergumènes au scénario et devant la caméra, ajoutez Mottola derrière celle-ci, saupoudrez le tout d'une touche de Seth Rogen (voix off de Paul) et vous obtiendrez cette comédie de science fiction de haut vol, qui n'est autre qu'une véritable avalanche de citations et de référence à l'univers geek/SF et même au cinéma en général.
Mottola et Pegg/Frost ne se contentent pas ici de simplement citer le plus de films cultes possibles, mais de littéralement reproduire certaines figures formelles connus de tous et qui nous relies immédiatement à ce genre de films. Plus qu'une simple parodie, Paul est un message d'amour aux films de Cameron, Lucas, mais surtout Spielberg auquel le film rend hommage de la première à la dernière minute. Et croyez moi tout y est ! : Le martien attachant, la lumière rouge sous la porte, la montagne du diable, jusque dans la reprise même de certains plans, certaines couleurs et même certains mouvements ! Nos amis connaissent leur gamme par cœur et c'est sans effort qu'ils y insèrent leur humour atypique. Absolument tout fonctionne ! Du comique burlesque à la punch - line bien sentie, de la mise en scène spectaculaire à la satire religieuse. Tout ces thèmes et ses formes, en apparence hétérogènes, s'emboitent avec aisance grâce au talent de cette dream-team comique prometteuse.
Plus fort encore, au delà de la puissance comique du film, Paul parvient à nous toucher comme avait su le faire E.T. (1982) avant lui. Nous vivons avec les personnages la naissance de cette amitié incongrue entre un Alien et deux fans de comic books. On oublie vite les images de synthèse car il faut se rendre à l'évidence, ce Paul numérique est une réussite totale, à tel point qu'on jurerai pouvoir le toucher. On en vient à être jaloux de ces deux nerds ! Paul est l'ami le plus cool qui existe. Il vient de l'espace, il parle notre langue, il connait tout les savoirs du mondes et a influencé toute notre culture populaire (Spielberg lui demande des conseils pour réaliser E.T.), il fume des joints, aime se la coller...Croyez moi, après la séquence finale mêlant la bible transpercée d'Hitchcock, l'héroïne musclée de Cameron, l'interminable croiseur interstellaire de Lucas, et la soucoupe multicolore de Spielberg, vous serez bien triste de voir partir ce petit monstre...
Alors courez dans les salles avant qu'il ne décolle, et évitez la voix de Philippe Manœuvre en VF par respect pour les artistes.
mercredi 2 mars 2011
127 heures
Aron : "The minute I was born, every breath that I've taken, every action has been leading me to this crack on the out surface." En décidant de mettre en scène l'histoire incroyable de Aron Ralston, aventurier acrobate se retrouvant coincé dans une étroite crevasse du grand Canyon, Boyle condamne son cinéma épileptique à l'immobilisme. Une contrainte astreignante mais nécessaire, qui sonne comme un exercice de style à la manière du très réussi Buried (2010), et qui lui permet de signer un film franchement réussi.
On peut reprocher beaucoup de choses à Danny Boyle, et à raison d'ailleurs. Créateur de formes clipesques parfois outrancières et adepte de sujets extrêmes, propice à de nombreuses maladresses, il n'en reste pas moins un cinéaste intéressant, au sens du rythme aigu, toujours à la recherche d'une forme populaire idéale.
Si aujourd'hui la mode est au sarcasme et à la froideur, j'affirme avec vigueur que l'humanisme et la naïveté sont des moteurs essentiels d'émerveillement et d'émotion directe au cinéma comme ailleurs. Encore faut il se laisser aller.
Il y a trois belles idées dans 127 heures, et même si parfois elle se mêlent a un océan de maladresses et de tiques typiquement Boylien, elles font malgré tout surface et s'affirment avec force, pour finalement porter le spectateur dans le courant du film.
127 heures prend la forme d'un cinéma de l'immersion physique. C'est une expérience viscérale, proche des corps (ici un seul). Si vous êtes familier avec les lignes de ce blog, vous savez surement qu'avec Black Swan, Le Discours d'un roi et même dans une moindre mesure avec Jewish Connection, que l'année 2011 sera immersive et subjective, ou ne sera pas.
Comme dans le film d'Aronovsky, la caméra fusionne ici littéralement avec le personnage, bloqué entre deux murs de roche par une grosse pierre inamovible. Elle n'a plus rien à d'autre à filmer que cette main, ces jambes, ce visage fatigué.
Comme une caméra de surveillance, elle enregistre le temps et la décrépitude aussi bien physique que mentale, à l'image de cette scène de dialogue schizophrène qui rappelle le monologue de Gollum dans le Seigneur des Anneaux : Les deux Tours(2002). L'image divise alors sa source, se faisant tour à tour objective (la caméra omnisciente de cinéma) ou alors intra-diégétique, c'est à dire à l'intérieur de la fiction (quand elle épouse le point de vue de la mini caméra DV de Aron).
Ce mise en scène immobilisée et pourtant gesticulante comme le personnage, le film nous l'avait très tôt annoncé. Boyle y déverse au début un déluge de Splitscreen verticaux douteux, faisant s'entrechoquer des images de foule en sur-mouvement car violemment accéléré. Trivialité du monde certes, mais surtout défouloir pour les yeux et le cinéaste avant un semi huit clos statique.
Boyle trouve pourtant son rythme en pratiquant un cinéma de l'épreuve physique et temporelle.
Il faut subir et encaisser pour espérer revoir la lumière du jour. Et cela marche! Plus particulièrement avec deux séquences poignantes. D'abord la douce mais éphémère chaleur du soleil qui vient quotidiennement réchauffer les pieds du héros. Puis par la violence contenue dans la séquence de découpage de bras au couteau suisse, où l'utilisation du son subjectif nous fait habilement souffrir avec lui. Pas de doutes, nous sommes avec Aron dans cette maudite crevasse.
La deuxième belle idée qui jalonne le film et s'incarne métaphoriquement dans ce roc de pierre indéboulonnable et pourtant insignifiant, c'est l'expérience de la matérialité du monde. Aron se retrouve ironiquement renvoyé à la petitesse de son enveloppe corporelle encombrante, à son humanité. Là encore cette idée renvoie à la mis en scène contrainte de Boyle, qui s'entête pourtant à cadrer les objets les plus insolites dans des angles physiquement impossible. On se retrouve alors dans le fond de la gourde D'Aron ou même dans son bras ! Sa mise en scène lutte contre la contrainte physique du monde, comme aimait le faire par instant Hitchcock, et trouve finalement sa libération dans les images mentales du héros, donc dans la subjectivité. Procédé peu original mais nécessaire car forcement empathique. Le corps est bloqué mais l'esprit est libre.
La troisième bonne idée n'est autre que James Franco. Acteur charmant au visage attendrissant. Son regard respire l'intelligence, sa diction nonchalante et sa voix nasillarde le rapproche plus du grand adolescent que de l'adulte. Il transcende le rôle avec aisance, sans excès ni fausse note, et participe grandement à l'attachement affectif du spectateur. Très bon choix de Casting, sans quoi les choix de mise en scène de Boyle tombent à l'eau.
127 heures est donc un film accessible, immédiat, viscéral dans ces meilleurs moments et inutilement tape à l'œil dans ces mauvais. Malgré ces 1H30, le film parvient à faire l'épreuve de la temporalité et le rythme dramatique progresse sans pause. Le ressort dramatique ne tient ici plus dans la peur ou non de la mort, mais plutôt dans cette interrogation un peu SAWesque: Jusqu'à quel point sommes nous capable de sacrifier notre corps pour survivre ? On en ressort certes secoué, mais aussi apaisé, dépaysé, étrangement serein.
