Critique de Pierre Andrieux :Si on devait citer les deux plus grands tarés-barés du cinéma américain d'aujourd'hui nul doute que les deux compères Quentin Tarantino et Robert Rodriguez arriveraient bien en tête.
Critique de Pierre Andrieux :
Shakespeare, MacBeth acte 5, scène 5.
Dimanche dernier (soit le 14 novembre) il y'avait salle comble au Grand Action. C'est qu'on y diffusait un film dont la réputation n'est plus à faire pour les amoureux du cinéma: on y diffusait La Porte du Paradis (Heaven's Gate) 1980 de Michael Cimino dans sa version « longue » de 3h39 sans doute assez peu connu en France puisqu'est uniquement disponible en DVD la version «courte» de 2h 23 (qu'on ne me demande pas pourquoi).
Evènement donc! On peut parier que peu de spectateurs présent étaient familier de cette version du film -comme ce fut mon cas- et l'occasion m'a semblée belle d'écrire un peu sur l'oeuvre, sur Michael Cimino et sur le cinéma américain.
Avant tout il y'a une question (qui serait appliquable à d'autres cinéastes): Pourrons nous un jour voir un nouveau film de Michael Cimino? La réponse semble tendre cruellement vers le non. C'est la dure loi de cette planète Hollywood que nous aimons tant. Cimino n'est pas «bankable». Son immense talent ne lui est hélas d'aucun secours. En 20 ans (1980-2010) le cinéaste n'a réalisé que cinq films. (Par comparaison -simpliste mais éclairante-, Scorsese en a réalisé dix sept)
A le lire un peu partout on s'en laisserait presque convaincre: Cimino est un cinéaste maudit. Et avec lui Heaven's Gate. Tout le monde connait l'histoire: le film couta un peu plus de 40 millions de dollars (énorme à l'époque, par comparaison Le Parrain 2 couta 15 millions et Raging Bull sortit la même année 18 millions) et en remporta un tout petit peu plus de 3 millions. United Artists la société productrice du film fit faillite et fut rachetée en 1981. Le film fut un des plus gros échecs du box office américain et sera admis dans toute les histoires du cinéma comme étant le chant du cygne de cette période dorée(1967-1980) nommée « Le Nouvel Hollywood ».
Heaven's Gate c'est aussi le rejeton damné du film précédent de Cimino Voyage Au Bout de l'Enfer (The Deer Hunter) 1978. Si Heaven's Gate fut le chant du cygne pour la majorité, The Deer Hunter fut aussi pour beaucoup l'apothéose. Jean Baptiste Thoret écrit dans Le Cinéma Américain des Années 70: « Voyage au bout de l'enfer est un film hors du commun, en état de grâce constant, et pour nous, le plus beau film du cinéma américain des années 70... ». Ca a le mérite d'être clair.
Mais Heaven's Gate n'est pas un échec, il est la sublimation de l'échec jusque dans sa forme, et comble de l'ironie, jusque dans son exploitation. Film maudit, monté, remonté, Heaven's Gate a la saveur de l'inachevé, du manque. Cela n'enlève en rien à la beauté du film, mais la renforce.
Cimino: Pessimisme et mélancolie grandiose
Le grand thème de Cimino a toujours été l'Amérique ou plutôt faut il nuancer: Marc Chevrie l'écrit très justement dans les Cahiers du Cinéma en 1985: « L'originalité de Cimino n'est pas que l'Amérique soit son sujet mais qu'il s'identifie à elle: qu'elle soit sujet d'une identification: une image. Mais une image à laquelle il croit sans plus pouvoir y croire. » C'est qu'effectivement le spectre des décennies 60 et 70 (Viet Nam, assassinat des Kennedy, présidence Nixon etc) est passé par là. Le rêve américain a volé en éclat, implosé.
Avec Heaven's Gate Cimino embrasse se problème de la croyance et du rêve américain à bras le corps. C'est sur le terrain même du genre le plus emblématique du classicisme hollywoodien qu'il transportera sa caméra amère et désillusionnée: le Western.
Heaven's Gate sera un contre mythe total. Contre mythe pourquoi? Car Cimino n'est pas dans la fracture, il ne s'agit pas de marquer son désaccord avec le classicisme hollywoodien en utilisant des moyens d'expression opposés à lui mais bien d'être dans sa continuité, de réemployer, et de détourner la syntaxe mythique et grandiose dans le but à la fois d'une dénonciation, et d'un éloge de l'échec. Recréer de nouveaux mythes.
Le Western restera comme étant le genre le plus apte à rendre visible et à sublimer l'essence et la construction de la nation américaine. Pour cela il y'a un réalisateur essentiel si l'on veut envisager de comprendre le genre et le cinéma de Cimino c'est John Ford. Chevrie écrit (toujours dans le même article) que si Cimino « est le meilleur cinéaste et le plus grand filmeur américain c'est qu'il poursuit une tradition au lieu de répeter ou de faire revenir le passé», nous y reviendrons. Cimino est dans la veine de John Ford sauf que, contrairement à lui il a cessé de croire à l'illusion d'une possible communauté réunie sous la même bannière: soit le drapeau étoilé (voir la fin de Sur la piste des Mohawks 1939 de Ford).
Dans Heaven's Gate le cinéaste insiste sur l'aspect éclaté de la population américaine: on y parle anglais français, allemand, russe. La fusion ne s'opèrera jamais véritablement, même au sein des immigrants règnent les dissensions. Seul le sursaut guerrier de fin du film créera une union mais elle aura la saveur anarchique et bordélique de la tentative perdu d'avançe, du dernier soubresaut.
En effet l'opposition est encore plus prononcé dans le sujet même du film: soit le massacre d'immigrants dans le Comté de Johnson par les riches propriétaires terriens en 1890 avec le soutien du gouvernement américain. On a d'ailleurs qualifié le film de western marxiste. Effectivement c'est en plein dans le domaine de la lutte des classes que l'on peut facilement rapprocher le film. Mais c'est un raccourci facile. Car si c'est bien de lutte des classes dont il est question à un premier niveau, le vrai sujet du film c'est son héros: Jim Averill (Kris Kristofferson), figure de leader désabusée purement héritée du cinéma classique qui interesse beaucoup plus Cimino.
Le film n'est pas un western comme les autres; on pourrait d'une certaine manière parler d'un western de chambre (et pour le coup ce serait très Hawksien). L'attention portée à l'éclairage est phénoménale. L'air semble pesant, lourd, chargé de particules matérialisées. L'image se teinte d'un sfumato magnifique. Comme si on nous replongeait dans un passé poussiéreux n'ayant pas bouger en deux siècles. Une sorte de Pompei cinématographique où la caméra retournerait saisir les corps, les visages et les lieux dans leur beauté et leur âpreté originelle.
Ford Forever : entre héritage et détournement des thèmes et motifs fordien:
Cimino ne s'est jamais caché de l'influence énorme de Ford sur son oeuvre. Bien au contraire, il la revendique, se la réapproprie et rend hommage à celui qui l'a tant marqué et dont il parle de manière très belle en ces termes (tiré de John Ford d'Eric Leguèbe): "John Ford a déposé une ombre aussi longue sur nos rêves américains que celle de Mozart sur la musique classique. Jamais je ne me lasserai de revoir les films de Ford avec Wayne. Quand la nuit je me sens fatigué, triste, me repasser leur film me redonne force et espèrance."
Plusieurs images viennent en tête quand on pense à John Ford, cinéaste si visuel: l'une des plus récurrentes serait sans doute le goût du vieux maître pour les scènes de fêtes et de bals populaires: dans la représentation de la fête et la danse c'est le démocratisme absolu qui s'impose. Comme l'écrit Thoret: « La danse célèbre un collectif auquel chacun doit se plier et la communauté met ses tensions de coté. ». Il y'a l'idée très rousseauiste du refus de la distinction entre être et paraître: tout le monde se livre et se donne en spectacle. Pas de différenciations. Pas de jugements.
Cimino se réapproprie totalement cette idée dans Heaven's Gate (comme dans ses autres films dailleurs) dans par exemple la séquence de la danse en patin. Mais il y rajoute un certain goût du désordre, une possibilité de glissade vers le chaos d'un moment à l'autre, absents de chez Ford. C'e sont syboliquementt les patins à roulette: le risque de s'effondrer. Tout est une notion d'équilibre dans le film de Cimino, il faut lutter pour son équilibre, le risque de chute et du glissement vers le chaos menace.
Je pense à un autre plan: celui d'une des confrontations (absente de la version DVD) entre Jim et son double Nate (magnifique Christopher Walken) qui se retrouve dans un saloon pour discuter. C'est une scène d'une grande tension entre deux personnages que tout tend à rapprocher (chapeaux, vêtements, l'amour pour la même femme..) sauf que les deux sont dans des trajectoires opposées: l'un -Jim- est du coté des immigrants alors qu'il est issu de la classe bourgeoise l'autre -Nate- se met au service de la classe bourgeoise alors qu'il est immigrant. Fatalement ils sont appelés à se croiser, l'un venant occuper la place laissée vacante par l'autre. Et dans la profondeur de champs à travers une fenêtre, au fin fond du plan on apercoit un jongleur. Magnifique détail montrant qu'à la moindre rupture de l'équilibre tout peut finir dans le bain de sang.
Le chaos menace donc toujours de faire irruption, de briser la communauté et ses liens si fragile. Ce lien de la communauté chez Ford il s'incarne dans un motif visuel récurrent: le cercle (voir entre autre Qu'elle était verte ma Vallée.) Le cercle forme un tout. Il symbolise la communauté et sa volonté unificatrice. Il est expansif et tend à englober, à canaliser les énergies au sein du groupe. Cimino travail la mise en tension du motif qu'il reprends une fois de plus.
Par exemple au tout début du film (voir photogramme ci-contre): cette fois
il n'y a plus un cercle mais plusieurs. Chez Cimino la société n'est pas désignée sous le motif du cercle englobant mais de la multitude de cercle imbriquée les uns dans les autres, signalant autant de fracture et de groupes imperméables les uns par rapport aux autres. En plus ces cercles sont symboliquement fait pour être rompu. La séquence se termine dans un chaos généralisé incompréhensible où tout le monde se tape dessus. On retrouve cette notion de l'éclatement, et du chaos.
Le cercle enfin comme motif à travers lequel on filme la violence et la mort: je veux désigner la séquence du meurtre d'un immigrant ayant volé un boeuf et le dépouillant, caché derrière des draps blancs.
Si les draps blancs le dissimulent aux yeux du monde, le monde nous est aussi dissimulé puisque Cimino nous place à l'interieur de cet espace semi-clos. Une tentative de brider l'espace si important dans le western, de nous le cacher, pour mieux nous le faire apparaître tel que Cimino le souhaite. Ces draps blancs se sont les oeillères de l'Amérique refusant d'accepter la vérité de ses origines: violence, mort et chaos.
En effet, une ombre surgit derrière les draps lève lentement un fusil et abat froidement l'immigrant.Mise à part l'association évidente de l'immigrant à la carcasse sanguinolente du boeuf lourde de symbolique, ce moment nous montre l'ambition et la tentation anarchique de Cimino de faire voler en éclat les pages trop blanche de l'histoire américaine. De nous donner à voir l'ombre, ce qui est caché, dissimulé et qu'il faut faire apparaître avec violence.

Dernier exemple, le plus touchant à mes yeux de la réappropriation des motifs visuels fordien. On se situe après la séquence des patins. Seuls restent dans le « heaven's gate » -c'est le nom de cette sorte de salle des fêtes- Jim, Ella et les musiciens. Le violoniste entame une mélodie, on coupe et on a ce plan de Ella (Isabelle Huppert), la femme aimée, dans l'encadrement de la porte ouverte donnant sur le monde exterieur. L'image est belle et forte. Elle Rappelle l'ouverture de The Searchers ou encore la Chevauchée Fantastique (et j'en laisse de coté bien d'autres, la liste serait trop longue).
Jim rejoint Ella et ils se mettent à danser. Seul pour un court moment de bonheur (ils sont très rares dans le film). Loin des troubles et de l'agitation du monde. Moment de grâce, pure contemplation, pûre relachement. Ella et Jim sont au paradis pour quelques instants, mythifiés par le recours au plan large et à un éclairage somptueux (la photographie du film est du grand Vilmos Zsigmond: The Deer Hunter, Delivrance, Le Dahlia Noir...).
Je ne peux m'empêcher de relier cela à une phrase de Jean Baptiste Thoret (dont je souligne -ce que j'aurai du faire plus tôt- qu'il est un spécialiste du cinéma hollywoodien des 70s et du cinéma de genre) écrivant à propos de Cimino: « Michael Cimino n'est pas un cinéaste nostalgique qui réactiverait les formes anciennes dans l'espoir de les voir revivre au présent comme si rien ne s'était passé, mais un idéaliste radical et mélancolique qui, depuis trente ans recherche ce bout d'Amerique originel qui quelque part aurait survécu. » Peut être le trouve t'il dans cette séquence et dans celle du pique nique près du fleuve.
Prologue et Epilogue de Heaven's Gate: Les Adieux au monde de Jim Averill:
le film est encadré par deux moments sublimes de cinéma d'une beauté et d'une construction ahurissante et qui contiennent à eux seuls les trois heures de bruits et de fureurs que nous avons vu. Pourquoi présenter et conclure son western par un prologue et un épilogue à New York, dans l'est américain, cet espace normalement banni du western?
C'est que en plus d'introduire notre héros Jim, recevant son diplôme de Harvard et faisant la fête, Cimino semble t'il, cerne le vrai fond du problème qui, s'il se poursuivra à l'ouest commence irrémédiablement à l'est. A savoir la dégenerescence des élites du pays. Ceux sur qui l'Amérique devrait compter, qui devrait être ses guides et ses meneurs pour les décennies à venir ne sont qu'une bande de soiffards bagarreurs, cyniques, égoistes ou faibles (voir le personnage tragi-comique joué par John Hurt un petit condensé vivant de toutes ces brillantes qualités et élu dans le prologue porte parole de la promotion.) qui se dissimuleront derrière la loi et les institutions pour agir comme des assassins sans scrupule.
Symboliquement, le discours galvanisant et emprunt de la trace du classicisme du réverend docteur: « Mes amis si ce n'est pas une vulgaire farce que vous jouez en accomplissant ces rites d'adieu sacrés(...) il nous incombe d'autant plus de veiller à l'influence que nous pourrons exercer. Un grand idéal: l'instruction d'un peuple. » est immédiatement remplacé par celui grossier et comique de Will Irvine (John Hurt).
L'homme de l'est dans le western-quand il n'est pas assoiffé de pouvoir- représente la civilisation, l'éducation, le raffinement d'où son opposition et son inadéquation essentielle au monde brutal et sans loi de l'ouest (Voir James Stewart dans L'homme qui tua Liberty Valance).
Ici on a un glissement de toutes ces qualités quasi sacrées vers du profane primaire (le premier plan du film est un travelling allant d'une église prise en contre plongée aux affiches annoncant la remise des diplomes à Harvard: Cimino unit en un mouvement l'université à une fonction divine)
Le cinaste alterne donc entre moments de grâce de cette société: la danse sur « Le Beau Danube Bleu » -morceau qui réapparaitra tout le long du film mais dans une variante considérablement ralenti et épurée pour marquer l'épuisement de Jim-, le « Glory Glory Hallelujah » joué par la fanfare, le discours du révérend -interprété par Joseph Cotten grand acteur du cinéma classique (et ce n'est pas innocent)- d'un coté et le surgissement du désordre de l'autre; la véritable désacralisation de l'instant à travers le personnage de Will Irvine, les rires, les blagues, les bousculades désordonnées et autres bagarres et finalement la beuverie.
A la fin du film après une ellipse de treize ans nous retrouvons Jim vieilli, tout ses espoirs perdus. Sur son bateau au large de Rhode Island il s'est définitivement coupé du monde et se laisse flotter. Sa tentative de participer à l'Histoire à échouée alors il s'est retiré. Le temps semble s'être arrêté. Cette vie, cette classe bourgeoise que Jim aura renié et cherché à fuir toute sa vie il n'a pas pu y échapper. Tout ce qui s'est passé entre ces deux moments n'étaient qu'une digression à l'ordre des choses. Bruit et fureur...
Pierre Andrieux

Billy : Life is like a movie. Only you can't pick your genre.
Slasher signifie en Anglais « celui qui découpe ». Considéré comme un sous genre du film d'horreur, le "Slasher movie" surgit avec succès à la fin des années 1970 et au début des années 1980 avec en première ligne des œuvres considérées à présent comme des must du genre: Halloween (1978) de Carpenter, Friday the 13th (1980) de Sean S. Cunningham ou encore Nightmare on Elm street (1984) de Wes Craven. The Chainsaw Massacre (1974) de Tobe Hooper peut faire débat car il combine à la fois les codes du gore et ceux du Slasher, il n'en reste pas moins un film déterminant pour le genre (je laisserai d'ailleurs s'exprimer mon ami le Dr Loomis, spécialisé dans le genre horrifique car il semblerai que le premier slasher movie se nomme Black Christmas (1974) d'un dénommé Bob Clark).
Pour ma part il me semble que le premier ersatz de Slasher serait à aller chercher du côté de Alfred Hitchcock. Psycho (1960) contient déjà en soi tout les procédés esthétiques et narratifs qui feront les codes du Slasher du nouveau cinéma américain: Un tueur psychotique en la personne de Norman Bates dont la névrose semble se justifier par des pulsions sexuelles refoulées induit déjà le tueur de Halloween dont on apprendra qu'il s'est échappé d'un asile. Le crime comme expiation d'un traumatisme psychologique. De même Hitchcock travaille et réinvente le concept de château hanté et déplace le drame dans l'espace de la maison, lieu labyrinthique et tortueux, symbole de la résistance physique, fatale pour toute victime poursuivit par une figure meurtrière.La maison comme espace intime, le « Home sweet Home » où l'intrusion du mal peut être vécu comme un viol. Le travestissement de Bates est également révélateur. Il faut cacher le visage du tueur, le déshumaniser. Le masque est un code du Slasher, que se soit un masque blanc, de hockey, de démon, il participe également de l'effet de mystère sur la source du mal. Qui est le tueur ?Enfin le « gimmick » essentiel du Slasher movie : Le couteau, l'arme létale est déjà présente en puissance dans Psycho. C'est l'arme de prédilection du Slasher (le découpeur) dont la tronçonneuse de Chainsaw massacre ou les griffes de Freddy seront des variations extrapolées. Le couteau est symbole d'une mort violente, sanglante, mais c'est aussi un objet phallique, pénétrant. Si la maison est symbole d'intimité et de sécurité (les verrous), le couteau est quand à lui un objet de transgression, de force masculine. On comprend ainsi toute la dimension érotique qui englobe le slasher movie, du moins à un niveau métaphorique et ce n'est pas pour rien si la victime est souvent une jeune femme. On y reviendra.
Le Slasher des années 1970/1980 après s'être donc allégrement inspiré de l'œuvre hitchcockienne, ira flirter un temps du côté du fantastique, à la recherche d'une peur plus primaire et monstrueuse. Le tueur Halloween conserve sa figure fantomatique (il apparaît et disparaît subitement), Jason quitte peu à peu son enveloppe humaine pour celle d'un Zombie immortel et le cinéaste Wes Craven assume pleinement la dimension fantastique du personnage de Freddy en lui attribuant une figure de Croque mitaine, il rejoint ainsi le concept de la peur enfantine.
Passé ces glorieuses et sanglantes années, le Slasher s'est tue ou du moins il n'a plus connu le même succès. Les suites se sont enchainées sans pour autant retrouver l'efficacité des débuts et il à fallu attendre quelques années avant que le genre revienne en force, déterrée par l'un des maîtres qui l'avait consacré, Wes Craven. Scream sort en 1996, c'est un triomphe populaire.
Scream va à la fois continuer et réinventer le genre. Craven adapte les codes du Slashers à son époque. La cible est toujours la même que 15 ans auparavant, le public adolescent. Mais entre temps, les mœurs et la société ont évoluées, il faut donc s'adapter.
Aucun évènement surnaturel.
Il s'agit là d'un retour au source et donc à Psycho. Craven fait fit de toute intrusion du fantastique dans son film. Comme Bates, le tueur de Scream est plus que jamais un être humain. Impossible donc pour le spectateur se réfugier confortablement dans la distanciation de « Ceci n'est qu'un film ». L'horreur, avec Craven, ne se cache plus derrière des visages démoniaques, des êtres physiquement monstrueux, le danger est réel.En revanche, Craven mêle cette fois un, voir deux autres genres: Le teenage movie américain et le thriller policier.
Il y a une volonté apparente du cinéaste de casser l'image proprette du « college movie ». D'abord par le choix des acteurs qui ne sont en rien des icônes sexuelles standardisées, ensuite par l'intrusion du meurtre et de la suspicion dans l'enceinte du lycée et donc de l'éducation américaine. Craven ne cache en rien les principaux sujets de conversations du groupe de potes que nous suivons : On parle se sexe encore et toujours. Le Thriller découle logiquement de la première donnée qui consiste à bannir le surnaturel. Si le meurtrier est un homme, alors on doit pouvoir le trouver l'arrêter et le juger. Le couple Police/Medias symbolisé par l'autre couple Courteney Cox/ Davis Arquette à donc une place importante dans les ressorts de l'intrigue.
Armes blanche et téléphone portable.
L'autre aspect de la modernité de Scream c'est l'apparition des nouvelles technologies avec en ligne de mire le téléphone portable. Le téléphone est la nouvelle arme du Slasher, c'est un outil de mise en scène. Il s'agit de faire précéder l'acte par un jeu pervers d'anticipation. Craven explore avec Scream le principe de la conscience. Le concept cinématographique de suspens, largement élaboré par Hitchcock qui consiste à mettre le spectateur dans une position de savoir supplémentaire par rapport au personnage est brisé. La victime sait qu'elle va mourir, elle est consciente de sa mort imminente.C'est ce qui fait de Scream un film pervers. Ce procédé est rendu possible par l'utilisation du téléphone sans fil. La victime peut se déplacer dans l'espace clos qui l'emprisonne tout en étant relier au tueur via le téléphone.Par ce procédé, Craven humanise le tueur en lui donnant une voix, une substance. Bien sûr cette voix est déformée pour ne pas être reconnue ce qui lui donne par la même occasion une tonalité grave et effrayante.Le téléphone est une idée brillante, il devient l'allié du tueur. Mais la technologie peut aussi lui faire défaut. Ainsi, quand Sidney se fait attaquer pour la première fois, elle appelle la police avec son ordinateur, avec internet donc! On sait également que c'est en traçant les téléphones que la police pourra soupçonné Billy.
Un Slasher conscient : Références et mise en abîme.
en 1995, Wes Craven reprend les reines de la saga Freddy, laissée à la dérive. Le concept est malin : Wes Craven veut tourner un nouveau Freddy (Freddy sort de la nuit 1995) et appelle tout les acteurs du premier opus pour leur demander de jouer dans film. Mais Freddy ne l'entend pas de cette oreille et compte bien revenir une fois de plus pour semer la panique dans l'équipe du film.Craven travaille déjà ici le procédé de mise en abîme tel que l'imaginait André Gide en 1893 qui affirmait:
« J'aime assez qu'en une œuvre d'art on retrouve ainsi transposé, à l'échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre ».
comme le dit très bien Wikipedia : la mise en abime est un procédé consistant à représenter une œuvre dans une œuvre du même type, par exemple en incrustant une image en elle-même.
C'est exactement ce que fait Craven avec Scream, et c'est là que l'analyse se complique un peu.
Scream est un slasher movies qui parle de slasher movies. Craven s'amuse avec le procédé de mise en abime, il crée plusieurs niveaux de réalité. Mais tentons d'éclaircir tout cela :
1) D'abord il y a la réalité : C'est vous et moi qui allons voir Scream au cinéma en se disant qu'un petit film d'horreur nous fera pas de mal.
2) Ensuite il y la fiction, le film Scream qui se déroule devant nous. Dans ce film, les personnages se retrouvent confronter à une série de meurtres qui viennent perturber leur réalité. Ils ont l'impression de se retrouver dans un film d'horreur. Le fait est que pour nous, il sont dans un film d'horreur!
Comme leur réalité est semblable à la notre, ces crimes sanglants leurs font penser aux films de slasher qu'ils ont vus: Les personnages citent donc tout les films de slasher, de Halloween à Freddy et rigole bien des leurs codes convenus et de la psychologie des personnages de ces films.L'effet de mise en abîme est d'autant plus subtil que les crimes du tueur sont en plus inspiré des films de slasher. C'est dans les films d'horreurs que le tueur trouve la source d'inspiration des ces meurtres, en découle la réutilisation du masque, du couteau...
3) Pour compliquer le tout, Craven procède d'une double mise en abîme à la fin du film.Les personnages de fiction que nous regardons sont eux même en en train de regarder un film d'horreur, en l'occurrence Halloween. C'est le principe du film dans le film. Le plus génial c'est que Craven utilise ce procédé à des fins narratives. Rien n'est gratuit. Le film halloween interagit avec Scream. Quand Jamie Lee Curtis pousse des hurlements à la télé, Dwight pense que le crie vient de la maison. Comble de tout, c'est en écrasant la télé sur la tête du tueur que Sidney parvient à s'echapper.
On a définitivement mal au crâne quand Courteney Cox pose une camera dans le salon et retranscrit l'image sur un écran situé dans son camping car. On se retrouve ici avec un personnage de film d'horreur qui regarde un film d'horreur pendant qu'un autre personnage de fiction le regarde dans un camping car et que nous regardons tout cela bien assis dans notre siège!
Voilà pourquoi Scream est un Slasher moderne, parce que c'est un slasher conscient. Les personnages connaissent les codes des films d'horreurs, ils savent presque qu'ils sont dans un film puisque les frontières entre réalité et fiction sont abolies. L'un d'eux est même cinéphile, il énumère les règles à suivre pour survivre. Sydney Prescott, la superbe héroïne de Craven n'a par contre rien de la pimbêche habituelle. Elle prend conscience qu'elle est dans un film d'horreur mais décide en revanche d'en changer les règles. En quelque sorte elle fait évoluer le genre! Ainsi, même si elle perd sa virginité elle se sera pas puni. Manière de dire que nous ne sommes plus dans les années 1970 et que le sexe n'est plus un péché. A la fin, elle inverse les rôles et revêt à son tour le costume du tueur, elle devient la chasseuse et non plus la victime; et quand ce dernier se relève pour un dernier frisson, elle l'achève d'une balle dans la tête en affirmant que ce genre de chose n'arrive pas dans son film.
Enfin Craven évoque de manière évidente la possible influence des films d'horreur sur le comportement des jeunes. Le cinéma pousse t-il au crime ? La réponse de Craven est dans le film :
Sidney Prescott: You sick fucks, you've seen one too many movies!
Billy: Now Sid, don't you blame the movies, movies don't create psychos, movies make psychos more creative!
Le mal de l'humanité serait donc bien plus profond et les films ne serait qu'un support pour des tueurs en puissance. La fiction et la réalité se mêlerons une dernière fois puisque après la sortie du film, certains meurtriers endosserons la panoplie du tueur de Scream pour arriver à leurs fins.
Diffcile de trouver la même complexité dans les Slashers movies qui tenterons de profiter de la vague Scream. I know what you did last summer (1997) ou Urban Legend (1998) paraitront bien fades et beaucoup plus convenus. En revanche la trilogie Scream se tiendra jusqu'au bout, repoussant toujours plus loin le procédé de mise en abime. Can't wait for Scream 4!
Clément Levassort.

Avant de commencer cette première critique sur Movies Chronicle je tiens à remercier chaleureusement Clément pour l'opportunité qu'il nous a accordé à mon collègue Thomas et à moi.
Clement, c'est un grand plaisir que d'écrire pour la première fois pour Movies Chronicle.
Buried est sorti en France depuis un peu plus d'une semaine. Les affiches étaient visibles un peu partout dans la capitale avec ces formules tentatrices et alléchantes du genre: « digne d'un thriller d'Hitchcock » « Claustrophobe s'abstenir » j'en passe et des meilleurs. Ne pouvant résister à la tentation, poussé par la curiosité je décidais d'aller y voir de plus près. N'attendant pas monts et merveilles, ne connaissant ni Rodrigo Cortès et son film précédent: Le Concurrent (2007), ni Ryan Reynolds l'acteur.
En effet Buried fait partie de ces films qui,en apparence, se présentent comme de pures exercices de styles, à la volée citons: Le Projet Blair Witch, Rec ou encore les récents Paranormal Activity. Au départ, toujours une idée saugrenue remettant en cause les codes formels régnant à Hollywood même si le fond est toujours lié au film de genre et est en cela souvent moins novateur.
Bref, ça paraît toujours très stimulant sur la bande annonce et une fois devant (Paranormal Activity)....Ici l'exercice se résumerait à cette question: comment faire 90 minutes de film sur un homme se réveillant enfermé dans un cercueil. C'est à dire en creusant légèrement: Comment créer de l'action? Comment varier les atmosphères? Comment éviter que le spectateur moyen fiche le camp vite fait de la salle avant de mourir d'ennui?
Il faut rappeler avant tout que l'expérience proposée par Cortès avait déjà été tentée par Tarantino. Soit le culte Kill Bill Vol 2 où la mariée revenait encore une fois d'entre les morts et défonçait à la main sa caisse en bois sur fond d'Ennio Morricone (un grand moment).
Revenons en à Buried et à la question: Comment, en terme de mise en scène, de montage créer du suspense, du rebondissement, du mouvement en s'imposant de ne jamais quitter de vue le cercueil et notre personnage?
C'est là que le film devient très intéressant. Après un générique particulièrement réussi qui rend hommage dans sa construction et sa musique (Saul Bass et Bernard Herrmann ne sont vraiment pas loin) au maitre Hitchcock (voir les génériques de Psycho ou La Mort aux Trousses) dont on tend à rapprocher le film de Cortes, on rentre directement dans le vif du sujet soit le premier plan....Roulement de tambour: un écran noir. Le vide, le néant cinématographique -ou presque puisqu'on a quand même du son-.
On saisit par ce plan la tension permanente dans lequel se situera le film et le spectateur. C'est qu'en effet, pour qu'il y'ait cinéma il faut qu'il y'ait lumière -et la lumière fut dit Cortès-. Et une fois qu'on aura la lumière pour que le film marche auprès du public il faut qu'il y'ait de l'action dans son sens le plus basique: des interactions, des duels entre un personnage et d'autres qui, vont modifier ou tendre à modifier une situation de départ, ici: SORTIR DU CERCUEIL . C'est la matrice même du schème hollywoodien que donne à voir Cortès qui, l'intensifie au maximum. Pour reprendre et simplifier Deleuze: Situation-Action-Nouvelle Situation modifiée par l'action précédente. Et on avance ainsi jusqu'à la fin du film où, peut être la situation aura changée définitivement: le héros sortira -ou pas- de son tombeau.
Donc après la lumière (ah le bon vieux Zippo), Dieu/Cortès créa l'unique objet susceptible de lui permettre de tenir son pari fou et excitant:Le Téléphone Portable! Le portable devient le centre du récit: l'action se fera quasi uniquement par lui. L'objet comme souvent au cinéma envahit le premier plan et sert ici de compte à rebours pour le héros autant que pour le spectateur: quand les quelques barres de batterie seront épuisées alors ce sera la fin. Fin de l'action, isolement total et définitif avec le monde: mort du héros et mort du film. Retour à l'écran noir.
Mes aieux! Ca va pas être de tout repos. Donc, Sortira ou sortira pas? On ne dévoilera rien ici et nous nous conformerons aux volontés du réalisateur: « je serai capable de tuer celui qui révèle la fin du film à quelqu'un qui ne l'a pas vu ».
Limitation d'espace oblige: on est rivé au corps de Ryan Reynolds et Cortès est très bon dans son traitement de l'espace. Bien sur certaines choses selon mon avis marchent moins bien: par exemple quand, par un lent travelling arrière on s'éloigne du personnage,et on franchit les parois du cercueil dans le but d'avoir Reynolds et le cercueil dans leur ensemble (un type de plans qui revient plusieurs fois). Le fait de s'abstraire complètement de l'espace rompt l'illusion et le réalisme: en effet, pour sortir du cercueil, quitter l'espace filmique que s'est astreint Cortès il faut franchir une des parois et par là même rompre l'espèce de code implicite réaliste liant les spectateurs et le film: l'enfermement dans la boite. Un Processus de distanciation surenchérissant sur l'isolement du personnage qui en plus de l'être avec le monde filmique l'est aussi dans ce cas là avec nous. Nous avons l'avantage de sortir du cercueil quand nous le souhaitons grâce à un mouvement de caméra, de prendre du recul contrairement au héros. Cela va à l'encontre de l'immersion recherchée par le réalisateur, ces moments de pause ne me semblent pas utile et ils cassent l'illusion diégétique.
Mais quand est t'il de l'exercice de style et de nos questions soulevées en début de texte: il faut bien avouer que Buried est un pari réussit, me semble t'il, haut la main d'un point de vue formel. Cortès se révèle très ingénieux. Prenons l'exemple de l'éclairage: un changement d'éclairage stimulera le spectateur visuellement, cassera sa routine de vision, teintera d'une atmosphère nouvelle l'espace filmé. Il semblait impératif pour un film de 90 minutes de ne pas rester dans une monotonie visuelle. Donc, il fallait multiplier les sources possibles de lumière: entre le zippo, la lumière du portable, la lampe torche proposant deux types de visions nous ne sommes pas en reste.
L'action ne s'essoufle à aucun moment et atteint son paroxysme total dans, à mon avis la séquence la plus réussi du film: le duel -intervenant de manière totalement déconcertante- avec un serpent effronté s'étant introduit dans la demeure du héros (même dans nos tombes ils viendront nous enmerder). Séquence génialement construite et montée. C'est que Reynolds est en enfer pour notre plus grand et malsain plaisir. Dans un espace réduit au maximum Cortès trouve le moyen d'introduire un duel physique (avec le serpent) et un montage alterné (base du cinéma d'action et du cinéma américain tout court) entre serpent prêt à mordre à tout moment et le téléphone portable se mettant en plus à sonner avec obligation de réponse de la part du héros. Le tout servi par un montage nerveux mais jamais illisible. Eh ben mon vieux! Chapeau!
Je laisse de coté le contexte guerre en Irak, prise d'otages etc) et la volonté de dénonciation politique dans lesquels s'ancre le récit qui n'est bien sur, pas à occulter non plus : le film se révèle très bon pour égratigner les corporations et le système bureaucratique américain (très grande scène final). Cela sans jamais sombrer dans un pathos larmoyant (pas le temps pour ça).
Buried est un film à voir au cinéma cela va de soit, l'obscurité de la salle et la taille de l'écran jouant un rôle indéniable dans le processus immersif total que recherche Cortès. Cette réussite ne peut nous laisser présager que du bon pour le prochain film du réalisateur: Red Lights avec tout de même Robert de Niro et Sigourney Weaver.
Pierre Andrieux
