vendredi 1 avril 2011

Sucker Punch Partie 2 : Synthèse spectaculaire

Wiseman : "For those who fight for it, life has a flavor the sheltered will never know".
Vous m'aviez entendu dire il y a quelques jours, en parlant de Battle L.A, que le renouveau des images spectaculaires à Hollywood était en berne depuis Avatar. Et bien le flamboyant drapeau du divertissement flotte à nouveau dans les airs grâce à Zack Znyder, qui prolonge et sublime avec Sucker Punch, sa mise en scène du tout visuel et de l'image généreuse, débordante.

Les films de Znyder sont de gigantesques sucreries. Clinquantes, acidulées, chaque image n'est que plaisir esthétique. Mais croquez un peu trop vite le bonbon, et vous tomberez sur un coeur noir, sombre et dur à vous en cassez les dents. C'est un petit peu cela Zack Snyder, des images qui tirent leur paradoxale beauté de la violence, de la méchanceté et de la mort. Mais le rythme de ses films, partagé entre une lenteur pesante des ralentis, autant que des accélérations fulgurantes, nous transportent dans une orgie d'images dont il est difficile de résister.

Ce qui m’intéresse par dessus tout dans cette mine d'or qu'est Sucker Punch, et ce, autant que l'influence des jeux vidéos, c'est cette synthèse du cinéma d'action spectaculaire qu'opère le cinéaste, dans un film qui rend un hommage vibrant aux images qui ont marqués le cinéma hollywoodien de grand spectacles ces 15 dernières années. Ainsi, les quatre séquences oniriques qui traversent le film sont autant de modes de représentation de l'action au cinéma, et comportent presque toutes les variations possibles en la matière.

Explication : On retrouve pour commencer toutes les configurations de combats guerriers au cinéma. Le duel, pour le premier combat contre les samouraïs géant, le conflit total dans la séquence "première guerre mondiale", la créature géante vs l'homme dans l'incartade contre le dragon, ou encore la séquence du train qui voit Rocket réduire à néant à elle toute seule une armée de robots, et que l'on pourrait appeler, en hommage à 300 : a few against many.

Tout les schémas du film guerrier fusionnent en un seule et même film, mais plus que cela, c'est aussi tout les divers genres ou sous genre du cinéma d'action contemporain que Znyder traite ici avec un mode de mise en scène qui lui correspond, mais dont il varie les modalités selon la situation. Le premier monde cite alors les films de combats asiatiques et leurs mise en scène précise, lisible et légère que Znyder traduit par un grand nombre de ralentie mais aussi en projetant son personnage dans les airs. On pense à tigre et dragon (2000) par exemple.
Pour la séquence de la première guerre mondiale, le cinéaste s'adapte et on passe à une caméra épaule qui suit de près les corps se frayant un chemin dans les tranchées. L'image perd sa stabilité mais gagne en vitesse, et imite les grandes séquences des films de guerre, Il faut sauver le soldat Ryan (1998) mais aussi beaucoup d'autres.

Le troisième rêve est pour le moins explicite, c'est l’héroïque fantasy et surtout le seigneur des anneaux (2001) que le cinéaste cite en imitant les plans aériens vertigineux que Peter Jackson avait conçu pour la bataille de Minas Tirith. il n'y a qu'a voir le look des orques pour en être totalement persuadé.
Enfin la dernière séquence est assez intéressante puisqu'elle semble être un hommage au cinéma d'action urbain autant qu'a l'univers science fiction. L'esthétique du train rappelle The Island (2005) de Bay, les robots ceux de I robot (2004) alors que la configuration hélicoptère vs train convoque instantanément le final de Mission Impossible (1996) de Brian De Palma. C'est d'ailleurs dans cette séquence que Znyder y déploie son plus beau morceau de bravoure jamais réalisé à ce jour, avec un plan séquence unique en son genre, véritable concentré maniériste comme seul le cinéaste sait en faire.

L'hommage est donc total, et Znyder chaperonne le tout par son style d'une grande lisibilité. tout doit être vue, montré, savouré dans les moindres détails, le moindre mouvement. Caméra immergée dans l'action, puis plans larges afin de se situer dans l'espace, et à nouveau immersion. La caméra creuse l'image, fait ce qui lui plait mais ne quitte pas d'une semelle ces héroïnes, dont les mouvements gracieux émerveillent. L'action est une chorégraphie, une danse.

Le cinéma de grand spectacle hollywoodien doit muté, il doit puisé son inspiration dans des nouveaux régimes d'images. C'est ce que le jeu vidéo fait depuis des années en intégrant consciemment les images spectaculaires du cinéma et en les transformant par l'ajout de ce style immersif qui voit le joueur fusionner avec son personnage. Comprenant les enjeux des années 2000, Les frères Wachovsky posèrent avec Speed Racer (2008), la première pierre d'un cinéma mutant, un cinéma de spectacle mais aussi de sensations physiques nouvelles, tout droit inspiré du plaisir vidéo-ludique des jeux de courses. Cameron à prolongé ce travail en faisant d'Avatar le manifeste de ce cinéma du futur. Un cinéma à la troisième personne, un cinéma qui réveille les sens endoloris du spectateur et nous apprend à voir à nouveau. Le film de Znyder vient certainement compléter ce trio, en apportant sa sensibilité et son énergie qui font du bien à Hollywood.

L'enjeu est de taille, car l'heure est aujourd'hui à un retour à une forme littéraire, au plaisir de la narration et au rebondissement scénaristes, à l'image de l'incroyable succès des séries télévisées ou encore des films de Christopher Nolan. Ne vous étonnez pas d'entendre à longueur de journées vos camarades critiquer l'absence de scénario d'Avatar. L'amour de l'image se perd au profit d'une intellectualisation du médium. Si je ne condamne pas ce penchant, il me semble indispensable aujourd'hui de rééquilibrer la balance, sans quoi c'est une partie du cinéma qui meurt. C'est aussi pour cela que Sucker Punch fait chaud au coeur.

Znyder s'affirme en cela comme le réalisateur du tout visuel, peut être le dernier réalisateur hollywoodien des premiers temps, à l'époque où le seul moyen de faire sens était de montrer, et non de faire dire. Sucker Punch est donc un hommage au cinéma dans sa forme la plus pure, dans sa toute puissance monstratrice, dans le plaisir esthétique. Il n'y a qu'a regarder la structure du film. Les passages les plus lourds et les plus ennuyants sont les séquences du réel, bavardent et inconséquente comme l'a dit Thomas. Mais une fois projeté dans le rêve, celui de l'image toute puissante, nous nous évadons.

La réalité est une prison, le cinéma est la clé.




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